Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, le blog d'écriture partagée d'Annick SB...



La ZAD

Emma 



Dire que la police ait jusqu'ici manifesté un grand empressement à démanteler les ramifications de l'organisation, et à en couper la tête, serait probablement  un tantinet exagéré.
Il faut savoir que les réfractaires à la construction, au cœur de la plus ancienne forêt du pays, de la méga décharge européenne bénéficient de la sympathie générale, y compris dans la maréchaussée, dont les membres sont tous peu ou prou liés à la paysannerie du coin.
Sans parler de leur chef, ex star de la télé-réalité reconvertie dans l'activisme écologique, qui promène son insolence irrésistible sur les plateaux télé.
Justement il a rendez-vous, cet après midi, au bar épicerie du village, avec la députée X. en visite incognito, moins prétentieuse que d'aucuns journalistes de la majorité le laissent entendre, bien qu'elle ait commis, il y a dix ans (dix ans déjà ?), une thèse quelque peu confidentielle intitulée : "perturbations de la danse nuptiale du xylocope induites par les pesticides ",  ce qui peut justifier son intérêt pour la forêt menacée.
Souhaitant éviter la presse, mais désireuse de montrer son respect au Robin des bois, elle a soigneusement redessiné ses sourcils au crayon et allongé ses cils au mascara bleu marine assorti à sa chemise en soie sauvage.
Comme il ne reste que le mot "consoler", la suite de l'histoire reste à imaginer, selon l'humeur, les opinions politiques, et l'âge du lecteur…

Emma   Liste 3

Désolée

Annick SB



Désolée, je suis réfractaire au mot " pouf " !
Et même si je ne fais pas partie ( quoi qu’on en pense ici et là ) de la police des mœurs qui soulignerait au crayon rouge quelques erreurs de ramification linguistique, même si je peux passer pour prétentieuse avec mon empressement à la critique des faux pas dans la danse des mots, qu’on se console : j’aime moi aussi me promener, m’allonger, écouter le bourdonnement des xylocopes et  et rêver dans ma petite tête d’une épicerie où on achèterait des gommes  à volonté pour adoucir sa gorge ou changer la face du monde !!!!

Annick SB    Liste 3

Merci Ghislaine pour ton texte - La pouf ridicule - qui m'a inspiré ce petit commentaire ! 

Commémorons n'importe quoi

Célestine



En vous promenant, le dimanche, dans nos belles campagnes bucoliques, vous n’êtes pas sans avoir remarqué la prétentieuse manie de nos contemporains de commémorer n’importe quoi. Dans un pays où chacun peut se targuer d’être ou d’avoir été président de quelque chose, tout est bon pour se réunir autour de l’un d’eux et d’un monument quelconque, de préférence hideux et orné de fleurs périssables, et affublé d’un tapis rouge sur lequel les huiles, appelés corps constitués, viendront avec empressement et tremoli dans la voix prononcer des discours creux et superfétatoires, sur les valeurs de la république et autres mirages, au regard de la moralité élastique de ceux qui les prononcent.

Puis le cortège, bille en tête et comme dans une danse bien réglée, ira se sustenter auprès d’un buffet aimablement payé par le contribuable pourtant réfractaire, qui se consolera en sifflant quelques verres de Picon bière et quelques cacahuètes douteuses offerts par l’épicerie du coin en échange d’un service rendu par le maire, qui sait allonger son bras si nécessaire.

Mais évitons d’emmener notre discours dans des ramifications superflues et néanmoins concomitantes, et concentrons-nous sur l’essentiel : que pourrait-on commémorer à Clochemerle ou ailleurs si, par le plus grand des hasards,  on n’avait soudain plus d’idées ?

Commémorons alors vraiment n'importe quoi :

Versons une larme mémorable pour l’invention du taille-crayons, la date d’entrée des deux Dupondt dans la police, ou encore la victoire des Xylocopes sur les Ammophiles en 46 avant notre ère. Événements qui, vous en conviendrez, contribuèrent largement à changer la face du monde et des environs,  et méritent à ce titre les honneurs d'une cérémonie aussi magnifique que parfaitement inutile.

Etonnant, non ?

(En hommage à Pierre Desproges (La minute de Monsieur Cyclopède)

Célestine    Liste 3

Ça, c’est la vie !

Annick SB


Se promener un crayon à la main et tenter de croquer le paysage
Ça, c’est fait !

Se promener et croiser une file de camionnettes de police garées le long de la route
Ça, c’est fait !

Se promener et s’allonger dans un pré jonché de pissenlits
Ça, c’est fait !

Se promener et photographier un xylocope égaré sur une fleur fanée
 Ça, c’est fait !

Se promener et apercevoir dans une vitrine d’un magasin de télévisions la prétentieuse arme prête à lâcher des bombes
Ça, c’est fait !

Se promener et entrer dans une petite épicerie de village à la recherche  d’une bouteille d’eau car les fontaines d’antan sont taries ou disparues
Ça, c’est fait !

Se promener et entamer une danse libre dans la clairière à la mémoire de ce qu’on croyait être bon naguère
Ça, c’est fait !

Se promener et avec empressement  essayer d’imaginer un monde sans guerre
Ça, c’est fait !

Se promener et observer la ramification des idées saugrenues ou tenues cachées par manque de courage et de résistance
Ça, c’est fait !

Se promener réfractaire  et pourtant bercée par la médiatisation nauséabonde
Ça, c’est fait !

Se promener dans les rues avec des airs de révolte plein la tête
Ça, c’est fait !

Se promener et consoler l’ami qui vous accompagne
Celui qui a perdu un être cher
Celui dont le pays est ravagé par les bombes
Celui dont le frère est prisonnier, dont la sœur est capturée, dont  la mère est violentée ...

Ça s’est fait doucement tu sais, mais oui ça s’est fait...
La compassion emplit les cœurs, emplit les têtes et peu à peu grandit, grandit, grandi, grandit ….

Ça, c’est la vie !

S’il te plait, ne sois pas blasé et laisse-moi croire qu’ici et là, partout, l’amour jaillira …

Annick SB     Liste 3



Poème pas piqué des hannetons

Joe Krapov



Chez nous les xylocopes
Bz Bz Bz Bz Bz Bz !
(Bruit de vol du bourdon)
Ce sont souvent les bleu(e)s
Qui font de l’excès d’z’ailes !

On nous voit promener
En folie en mai-juin
Bz Bz Bz Bz Bz Bz !
(Bourdonnement de bêtes)
Avec l’amour en tête, 
Foleyants de désir
Et butinant vénères :
Cherchant l’hyménoptère
En vue de reproduire !

Et cet empressement
A séduire femelle
Plus ou moins prétentieuse,
Plus ou moins amoureuse
Bz Bz Bz Bz Bz Bz !
(Chant d’amour),
Par abus de la danse,
Pareils à des sauvages,
Avec extravagance
Cause plus d’un ravage
A vos stères de bois
Bz Bz Bz Bz Bz Bz !
(Bruit de scie)

Madame y nidifie
Sans ramification !
- De larve et la manière
D’épater la galerie
Il est mille façons ! –
Bz Bz Bz Bz Bz Bz !
(De la mère qui pond
On entend la chanson !)

Si cela peut vous consoler
Savourez la paix de l’hiver !
Bz Bz Bz Bz Bz Bz !
(Bruit du vent désolé
De refroidir vos terres) :

Réfractaire au temps froid
Le xylocope hiverne,
Et, seul dans sa coquille,
Part s’allonger tranquille,
Fout la paix à vos bois
Et guérets : Quel délice !
Bz Bz Bz Bz Bz Bz !
(Ronflements)

Plus besoin d’appeler la police !
Couvrez-vous de pelisses
Puis rangez vos crayons
Et vos portraits-robots
D’abeilles charpentières :
N’ayez crainte, mes chéries,
Pour les riches rayons
De vos épiceries :
Jamais le xylocope
Ne fait de réveillon :
Il n’aime ni le poulet
Trutt Trutt Trutt Trutt
(Coups de sifflet)
Ni la dinde aux marrons !


Joe Krapov   Liste 3

La pouf ridicule

Ghislaine



En se promenant, tranquille et joyeuse, la prétentieuse ridicule, passait à travers bois, avec empressement pour se rendre au poste de police de  la vallée.

Quelques abeilles, des xylocopes, la suivirent de près, à croire qu'elle dégageait de puissantes phéromones...

Elle se prit le pied dans une ramification d'arbre et s'étala, de tout son long, comme une crêpe au plafond.
La tête la première, elle venait de connaître la danse du vol plané !
La prétentieuse venait de s'allonger, face contre terre !
Réfractaire à la honte, pour une fois, elle était contente d'être seule !
Se relevant péniblement, elle ramassa, crayon, lime, miroir, lingettes et autres ustensiles de pouf, tombés de son sac...

Personne pour la consoler !! Pauvre pouf !! Elle en serait quitte à prendre quelques pansements à l'épicerie du village...

Puis elle irait se faire plaindre par son petit ami devenu, le nouveau brigadier en chef de la gendarmerie de la vallée, ce pour quoi, elle se comportait depuis comme la prétentieuse ridicule de la vallée !

Ghislaine    Liste3

L'heur de Plaire

Jak




Le capricorne  ce matin est parti en balade, sur les branches vermoulues du vieux chêne  aux multiples ramifications. Il s’y sent chez lui  Il stylise  à son idée cet  habitacle, en creusant, dessinant des sillons voluptueux
Jourd’hui, il allonge d’avantage ses cornes pour s’envoler avec grâce lui semble-t-il, mais c’est ce qu’il croit.
Il dodeline de la tête duveteuse grise qu’il pense sexy, mais c’est ce qu’il croit.,
Il  s’essaie à la  danse du ventre en se dressant sur ses  élytres arrière s’imaginant être Rudolph Noureev , mais c’est ce qu’il croit..
Tous ces efforts, pour pouvoir un jour enfin plaire à  sa belle cousine l’Abeille Charpentière, cette  Xylopote, une prétentieuse qu’il chérit d’un amour platonique.
En se moment  elle butine en rêvassant sur les fleurs au pied de l’arbre, et l’ignore totalement  
Il aimerait tant  se baguenauder avec elle sur les bois du tendre,  et avec empressement lui susurrer d’enjôleurs  compliments, lui graver des poèmes sur le tronc des arbres avec un crayon au couleur de l’arc en ciel,
Et surtout, surtout il voudrait  la consoler de son chagrin,
En effet, cette pauvrette s’est éprise d’un galopin, un nommé Lyctus  qui loge dans les bois de la charpente de la vielle  épicerie du village déserté d’alentours. Ce réfractaire à la morale, en a  ravagé  toutes  poutres.  Elles étaient pourtant en châtaigner, cet arbre réputé  si solide.
Un éco-garde, de la police à cheval, en vadrouille  par là, c’est sa fonction, a été  alerté par des bruits équivoques et  en  suspicieux de métier,  il a tendu ses oreilles et pointé son nez.
Devant les dégâts constatés, il  a séance tenante   procédé à un arrêt en bonne et due forme : il l’a mis en  cage  l’énergumène et l’a déféré  devant    l’entomologiste du département  qui va étudier son cas.
Et pleure notre abeille qui a perdu son amoureux…
Et gémit  notre pauvre capricorne  qui n’a  pu  la consoler,  car devant son air lourdaud, elle l’a envoyé se promener….

Jak     Liste 3

Promenade dans un quotidien

La licorne



Nicolas s'allonge dans son fauteuil, ouvre son journal du matin avec empressement
et en parcourt rapidement les gros titres : 

"La police arrête la tête du gang et en découvre toutes les ramifications"
"La xylocope, une abeille en voie de disparition"
"Deux épiceries ferment au centre-ville"
"Les ados de plus en plus réfractaires à la TV"
"Les ambitions prétentieuses du dernier gala de danse"
"Laeticia se console dans les bras d'un inconnu"


Bah, se dit-il, déçu, rien d'intéressant, aujourd'hui...
Les journalistes me laissent un peu tranquille, on dirait.
"Carla, passe-moi mon crayon, je vais faire les mots croisés..."

La Licorne    Liste 3

P comme promenade

Adrienne



On va se promener ? disait-il chaque fois qu’il voulait se reposer la tête après avoir passé la journée dans son épicerie. Il posait le crayon qu’il gardait derrière l’oreille et je le suivais avec empressement.

On va allonger le pas, disait-il en voyant le soleil disparaître derrière les fines ramifications du saule pleureur au coin de la rue.

Car il y avait toujours une danse nuptiale à admirer, le vol d’un xylocope chargé de pollen ou une de ces nombreuses aides de la police scientifique, les mouches nécrophages.

Beaucoup d’enfants se montrent réfractaires à la promenade, ne voient pas de sens à une marche dans la nature mais avec lui chaque fleur sauvage recevait son nom et sa fonction dans le grand tout que forme l’univers.

Un riche savoir qui ne peut me consoler de sa perte et qui me fait passer pour une prétentieuse chaque fois que je nomme une plante par son nom latin.

Adrienne    Liste 3

Liste 3

1 crayon
2 police
3 allonger
4 xylocope
5 prétentieuse
6 épicerie
7 danse
8 empressement
9 ramification
10 réfractaire
11 tête
12 consoler

 et le treizième pour le thème : promener

Un marché pas commun

Joe Krapov



Bonjour, l’entrée dans un monde robotisé à plein !


Un jour, bientôt, demain, j’en ai la certitude, le cabas fou ira faire les courses tout seul !

A force de poser le numérique au pavillon des vases de Sèvres comme le nouvel étalon or, à force de nous planter l’aiguille de la connexion permanente dans une veine de l’oreille droite, on va finit par se choper des étiquettes comme des choux fleurs. On ne pourra plus passer les portes, on sera tellement branchés sur partout qu’on ne sera plus qu’un amas de données en tas dans nulle part.

On n’est déjà plus capables de savourer un trajet de bus ou de train en silence, d’aller à pied acheter son basilic au marché d’en bas : un clic de la souris ou deux tournages de pouces sur l’écran tactile du smartphone et tu peux te calfeutrer chez toi pour t'abreuver de séries, on va te la livrer ta feuille de verdure avec la pizza ou le burger qui fait ton bonheur.

Je ne te reproche rien, Modernité de mes deux, sauf que je n’ai pas besoin de tes salades, de ta malbouffe puante et de ta mobilité numérique !

Avec toi, plus besoin de pneumatiques, on roule déjà sur la jante ! Demain le cabas fera tout pour nous. Il ira pointer à Pôle emploi, il partira en vacances en nos lieux et places.

Et quand, à force d’ignorer la réalité de nos semblables, on n’aura plus envie de faire l’amour qu’avec des androïdes, le cabas fou, le cabas foutra…

Le cabas foutra…

Le cabas foutra…

Le cabas foutra le camp de ce monde pourri pour créer sa propre communauté.

Et pour lui pas de souci ! Ca marchera comme sur des roulettes !

Joe Krapov    Liste 2


R comme reproche

Adrienne



Tout en tirant l’aiguille, grand-mère observe Francesca qui dégonfle et enroule le matelas pneumatique à la force des bras et des genoux. Pas dupe, la nonna, mais elle aime qu’on se plie à l’étiquette: aussi longtemps que Francesca n’est pas mariée, on installera ce matelas à côté de l’entrée chaque fois qu’Antonio passe la nuit sous leur toit. Il vaut juste mieux ne pas venir contrôler au milieu de la nuit s’il y repose.
Un garçon en or, cet Antonio. Aucun reproche à lui faire. Gentil, attentionné, il te porte ton cabas plein de verdure au retour du marché, te fait savourer la meilleure pasta au basilic, te répare un robinet qui goutte.
Elle sait bien, la nonna, qu’on ne peut avoir aucune certitude sur l’issue d’un mariage, mais vraiment, c’est un garçon en or, aucun reproche à lui faire.
Sauf peut-être qu’il est un Capuletti et eux des Montecchi.
Mais on ne va pas, se dit-elle en se calfeutrant encore plus profondément dans son fauteuil, remuer ces histoires anciennes. 

Adrienne   Liste2